Le système éducatif est-il un frein à l'entrepreneuriat ?

Uniformité des parcours et des méthodes de travail, schéma hiérarchique pyramidal que chacun veut gravir, réduction des perspectives... La plupart d'entre nous suivent un plan de vie standard qui se résume souvent à : école, études supérieures, travail, gravir les échelons, retraite.

Dans cette optique collective, l'esprit d'entreprendre reste en marge et les auto entrepreneurs ne représentent qu'une petite part des actifs. Une simple peur de se lancer ? Et si le principal problème venait d'un manque de créativité ? 

La créativité comme problème fondamental de l'homme, c'est le postulat du philosophe anglais Ken Robinson. Ce dernier part d'un constat simple : La notion évolutive de la créativité définit l'humanité. C'est en effet ce qui nous permet d'examiner le passé, d'anticiper l'avenir pour sans cesse nous réinventer. Mais nous tendons à perdre la faculté d'imaginer et d'idéaliser nos perspectives. 

Robinson s'est interrogé sur l'état du système éducatif en Angleterre qui, selon lui, « emploie les technologies du 21ème siècle avec une mentalité du 19ème ». Le système éducatif n'a pas vraiment changé depuis son commencement, et tend à marginaliser notre champ d'action et notre faculté d'entreprendre. Il s'avère que ce constat ne s'applique pas seulement outre manche, mais dans la plupart des pays européens.

Selon Robinson, il y a trois manières dans lesquelles le système éducatif doit changer pour favoriser une manière de penser entrepreneuriale nécessaire au succès et à la survie du système économique mondial. Voici ce que le philosophe reproche au système éducatif.

Uniformité des méthodes de travail au détriment de nos capacités naturelles

L'école nous cadre souvent dans des programmes d'études prédéterminés qui peuvent être ressentis comme éventés et impraticables dans la vie active.

En étudiant des sujets qui ne nous apparaissent pas utiles pour réaliser ce que nous voudrions accomplir, le système éducatif agit comme une sorte de machine inculquant standardisation et efficacité.

Le problème est que nous sommes des êtres plus complexes : consciemment ou non, chacun élabore sa méthode et son mode de pensé selon ses points forts et capacités naturelles (qui ont d'ailleurs tendance à être mises de côté dans le système scolaire). Ainsi, à terme, nous perdons la motivation d'entreprendre et de réussir ce pour quoi nous sommes naturellement bons.

Conformité de nos agissements

Pour le bien être collectif, le corps enseignant se doit de prévenir et contenir désobéissance et agitation par des règles communes de silence, d'écoute et de travail régulier par exemple. Mais favoriser une discipline à outrance peut afficher des statistiques étonnantes : environ 75 000 étudiants qui entrent dans l'enseignement supérieur le quitteront sans avoir de diplôme (soit un sur dix) et près de 50% des actifs disent être déprimés et sans énergie au travail. Pourquoi ? Parce que nous nous conformons à une manière d'agir, nous adoptons des motivations qui ne sont pas les nôtres, et la plupart d'entre nous voient leur travail d'avantage comme un gagne pain que comme un épanouissement.

D'ailleurs, celui qui abandonne son poste pour créer son activité n'est pas félicité au même titre que celui qui obtiendra son diplôme car le conformisme inculqué par le système éducatif est rassurant et défini des limites et des champs d'action précis. 

Il y a une certaine facilité à ce non-besoin de créativité, à ne pas se projeter ou prendre des risques pour mener à bien ses projets, mais paradoxalement, ceux qui sortent d'un système "normal" pour se lancer sont plus épanouis, plus motivés et disposent de plus d'auto-détermination. 

Des chemins linéaires

Notre système éducatif impose une ascension que tout le monde devrait suivre de la même manière, jusqu'à l'université. Mais la vie en elle même est loin d'être linéaire : elle est organique et se compose temps par temps.

Celui qui ne suit pas ce parcours se voit placé en marge, mais rappelons nous que quelques grands noms du business ne sont pas diplômés du supérieur (entre autres, Richard Branson ou Steve Jobs).

Chaque jour est une opportunité d'apprendre quelque chose de nouveau. Mais pour triompher, il faut que nous profitions de nos capacités innées. La créativité, c'est mettre son imagination au travail, l'innovation, c'est mettre ses bonnes idées en pratique.

C'est grâce à cette capacité créative que l'innovation n'est pas linéaire. A sa lancée, Kodak était vu comme on voit l'iPad aujourd'hui. Mais ce n'est plus du tout le cas, et à son tour, l'iPad sera vu comme désuet dans quelques années.